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 La France, l' Angleterre, la Russie et les emprunts russes en 1900

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RogeR
Président


Date d'inscription : 09/11/2006
Nombre de messages : 418

MessageSujet: La France, l' Angleterre, la Russie et les emprunts russes en 1900   05.04.08 18:08

Solidarité et Progrés
Jacques Cheminade
5 avril 2008
http://www.solidariteetprogres.org/article3994.html
La France et la rente financière
Si l’on reprend l’Education sentimentale de Flaubert, livre témoin du siècle, et que l’on examine la situation de son héros, Frédéric Moreau, l’on s’aperçoit qu’il n’est rien, ne devient rien, n’exerce aucun métier : c’est un pur rentier qui consomme sa rente, et qui trouve le plus naturel du monde de vivre ainsi. L’Ambassadeur d’Allemagne à Paris, en 1878, constatait : « Le monde de la finance gouverne Paris ».
La France, à partir du milieu du XIXème siècle et jusqu’en 1914, devient en effet un pays créancier, prêteur et rentier du monde - des créances qui vont souvent se volatiliser, des prêts cesser d’être honorés et des rentes disparaître. Entre 1904 et 1914, les banques d’affaires orientent hors de France les trois quarts de leurs placements. En 1904, les investissements extérieurs totaux de la France représentent déjà 45 à 50 milliards de francs, sur 105 à 110 au total !

A l’opposé de l’Allemagne d’alors, la France détourne ses fonds de la métropole et les déplace à l’étranger. L’industrie française en souffre, et perd ses positions dans le monde : en 1880, la France représentait 9% de la production industrielle mondiale, contre 6% en 1913.
En 1914, 25% de l’argent placé à l’extérieur de la France a été prêté à la Russie, 23% a été placé en Europe occidentale et orientale et 13% dans les Balkans et l’Empire ottoman. La politique extérieure de la France tend de plus en plus à devenir une politique de gestion et de défense du revenu de ses placements. Sa « logique » se rapproche tout à fait de celle de l’Angleterre, jusqu’à se confondre parfois avec elle.
Ainsi, la Banque de France et la Banque d’Angleterre nouent des relations très étroites - au bénéfice de la Banque d’Angleterre. Lors du krach Baring, en 1890, la Banque de France consent à son « aînée londonienne » une aide généreuse - 75 millions de franc-or - et lors de la crise de 1906-1907, 120 millions en espèces, à quoi s’ajoute un escompte libéral du papier anglais.

Des « cercles financiers » se constituent à Paris comme à Londres, dans lesquels se pratiquent des « mœurs anglomanes ». La famille Rothschild exerce, sous la République comme sous l’Empire, une influence déterminante : c’est elle qui a organisé l’emprunt pour rembourser les indemnités de guerre allemandes en 1870 - sous l’œil bienveillant de Bismarck ; c’est elle qui fait échouer, en mai 1891, un emprunt russe afin de forcer le gouvernement du Tsar à signer, en 1892-1893,1’alliance franco-russe. C’est elle enfin qui a lancé Horace Finaly, le directeur de Paribas, et examine avec lui et sa branche anglaise les orientations stratégiques de la politique française.
En 1882, c’est Léon Say, dans le ministère Freycinet, qui fera tout pour accélérer le krach de l’Union générale, banque d’affaires lyonnaise patronnée par le monde catholique et légitimiste, y compris le Vatican et le comte de Chambord, et qui avait osé se heurter aux fortes positions ... de Paribas en Europe centrale.
Ancien attaché au cabinet de Thomson, ministre de la Marine, et lié à Delcassé et Etienne, Laurent Atthalin deviendra secrétaire général de Paribas, consacrant « l’affairisme » du monde politique.
Ce « système financier », dans lequel Paribas et les Rothschild jouent un rôle moteur, repose, principalement, sur la mise en coupe réglée du Maroc et l’exploitation de l’emprunt russe.
L’on a vu l’infléchissement anti allemand organisé par Delcassé, avec le soutien de Paribas, dans les affaires marocaines. Un « Comité du Maroc » se constitue à la suite de ces événements, également appelé « cercle décisionnel » - fondé par Eugène Etienne, avec auprès de lui Stephen Pichon, les frères Cambon et E. Dupasseur, représentant le groupe Paribas. C’est ce groupe qui exerça sa tutelle sur la politique marocaine de la France.
Après Fachoda, l’Empire "nourricier" français
Sur le plan politique, son expression sera un « front » extrêmement souple, rassemblé autour de personnalités comme Rouvier, Etienne, David Raynal et Jules Siegfried (le père d’André), sous le nom d’Alliance démocratique. L’Alliance - groupe-charnière type, nécessaire à toutes les majorités - recevra le soutien de tous les grands journaux d’information distillant généralement cette idéologie anti allemande contre laquelle protestait Jaurès, et une vision assez idyllique de la monarchie anglaise. L’on y trouve Le Petit Journal de Charles Prévet, Le Petit Parisien de Jean Dupuy, Le Journal, Le Matin et aussi le très influent et quasi-officieux Le Temps, d’Adrien Hébrard.
Ainsi, peut-être pour la première fois dans 1’histoire de France, le parti financier s’organise, avec un front politique, le soutien de la grande presse et une perspective pro-anglaise qui mèneront tout droit à la guerre.
C’est également ce groupe qui négociera avec Theodore Roosevelt la présence des intérêts financiers américains en Europe. Le président américain, sollicité par l’Empereur Guillaume II d’intervenir en 1905 dans le différent franco-allemand sur le Maroc prendra en effet parti pour les intérêts financiers français, et soutiendra d’abord la France à Algésiras pour intervenir finalement à ses côtés dans la guerre en 1917.
L’on ne connaît généralement pas le fondement de ce subit sentiment pro-français d’un président qui était généralement perçu comme plus attaché à l’Allemagne, y compris par Guillaume II. Eh bien, la raison en a été longtemps connue, mais opportunément occultée : en 1899, le contrôle de la Compagnie nouvelle de Panama était enlevé au financier lyonnais Jean-Marie Bonnardel, et l’affaire entière vendue aux Etats-Unis en 1904. Comme le dit alors avec un « understatement » tout britannique Rouvier, « l’attitude américaine à la conférence d’Algésiras, à propos du Maroc, n’a peut-être pas été sans rapport avec l’heureuse cession de Panama aux intérêts de Wall Street. »
Le premier emprunt russe placé en France le fut en 1888. Si à l’origine l’usage des fonds avait un but louable et nécessaire - le développement de l’intérieur de la Russie - très vite, ils furent détournés de leur objet initial.
En effet, au départ ils servirent à la construction de chemins de fer - la construction du transsibérien - et au développement de fortes positions françaises dans les mines et dans les industries de base russes : les Forges de 1’Horme s’implantèrent dans les Forges et Aciéries de Huta Bankawa et de la Koma, Schneider dans les aciéries de Saint-Pétersbourg, dans l’Oural, dans le Donetz et dans des chantiers à Reval. Cependant, les banques qui orientaient les fonds et un gouvernement russe « sous influence » utilisèrent rapidement les emprunts français aux fins de bâtir la puissance militaire russe contre l’Allemagne.
L’accord signé par Delcassé avec la Russie le 9 août 1899 modifia ainsi radicalement les finalités officielles de l’alliance franco-russe : celle-ci n’a plus pour but « le maintien de la paix », mais celui de « l’équilibre entre les forces européennes ». La portée des relations financières franco-russes se modifie également : désormais « les négociations seront autant le fait des gouvernements que des financiers » - puisque les financiers contrôlent les gouvernements...

Le résultat de cette réorientation est la construction quasi systématique de chemins de fer russes pour transporter les troupes vers le front allemand, et le développement d’industries de guerre. Réécoutons Delcassé s’exclamant, à la veille de la guerre : « La victoire est certaine ! On m’a tout montré quand j’étais en Russie. J’ai étudié tous les chemins de fer stratégiques... »
Or si l’on examine la liste des banques intéressées par les emprunts russes, l’on retrouve - aux côtés du Crédit Lyonnais, de la Société Générale, d’Hottinguer, du Comptoir national d’escompte - Paribas et les Rothschild. En 1908, entre 3,6% et 5,2%, selon les calculs, de la fortune privée française s’était transformée en fonds russes.
Les « petits rentiers » constituaient dès lors la base politique de tous ceux qui, suivant l’impulsion donnée par Delcassé, avaient opté pour le tsarisme et pour l’Angleterre.
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