LA VOIX DES EMPRUNTS RUSSES

Association Nationale des Porteurs d' Emprunts Russes
 
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 Joseph Noulens, ambassadeur de France à Petrograd de 1917 à 1919

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Date d'inscription : 07/11/2010
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MessageSujet: Joseph Noulens, ambassadeur de France à Petrograd de 1917 à 1919   05.03.12 13:31

Joseph Noulens (1864-1944), député puis sénateur du Gers de 1902 à 1924, président d’un parti dit du centre droit qui prit, entre autres, les noms d’Alliance républicaine démocratique puis de Parti républicain démocratique, ministre de la Guerre puis des Finances en 1913-1914, fut ambassadeur de France à Petrograd, de mai 1917 à avril 1918, après la signature du traité de Brest-Litovsk - que le gouvernent français refuse de reconnaître -, puis à Vologda jusqu'en juillet 1918, date à laquelle il part pour Arkhangelsk retrouver le « gouvernement du nord» antibolchevik placé, écrit-il dans ses Mémoires « sous la protection de nos canons» (tome 2, page 198).

Il fut désigné pour le poste d’ambassadeur à Petrograd au mois de mai 1917, quelques semaines, après la Révolution de Février qui avait provoqué l’abdication du Tsar Nicolas II de Russie. Il y séjournait donc pendant ces trois mois où tout Petrograd avait les yeux fixés sur l’Aurora, un petit croiseur ancré dans le lit de la Néva, en plein centre de la capitale, à bord duquel Lénine et son état-major, chassés par le gouvernement de Kerensky, et sous la seule garde d’une poignée de matelots en révolte, préparaient les journées d’octobre qui marqueraient la prise définitive du pouvoir par les bolcheviks. Joseph Noulens dut quitter Petrograd lors de la signature du traité de Brest-Litovsk et continuer sa mission à Arkhangelsk. Il devait plus tard, par la publication de ses Souvenirs, jeter la lumière sur ces événements.
En 1933, il publie deux tomes de Mémoires très instructifs. Nous en extrayons les pages où il dénonce l'annulation de la dette et les nationalisations avec une indignation très éloquente... et qui n'a rien perdu de son actualité!
LA SOLUTION: ANNULER LA DETTE, NATIONALISER LES BANQUES

Joseph Noulens, ambassadeur à propos de l'annulation de la dette et des nationalisations
Extrait de Mon ambassade en Russie soviétique. 1917-1919 (Plon 1933).

L'annulation de la dette
Vers le milieu de novembre, le bruit courait déjà que les commissaires du peuple avaient l’intention de renier les engagements financiers contractés par l'Etat russe sous le tsarisme. Une très vive émotion était signalée, comme conséquence de cette nouvelle, sur les places de Paris, de Londres et d'Amsterdam, dont la clientèle si nombreuse de souscripteurs aux emprunts russes se voyait menacée de spoliation.
Dès le 23 novembre paraissait dans la Novaia Jizn, sous la signature d'un bolchevik de marque nommé Larine, un projet dont les dispositions essentielles étaient celles que devait reproduire, quelques semaines plus tard, le décret prononçant l'annulation de tous les emprunts conclus ou placés à l'étranger.
Le texte de Larine était accompagné d'un commentaire que je reproduis ci-dessous, comme spécimen de l'effronterie candide qui est dans la manière propre aux bolcheviks.

« Les emprunts russes sont placés principalement en Angleterre, en Allemagne et en France, et, actuellement, c’'est le moment le plus favorable pour les supprimer. Les capitalistes de ces pays sont tellement affaiblis par cette longue guerre et par le mécontentement populaire qui en est la conséquence, qu 'ils ne seront pas capables de faire la guerre à la Russie uniquement parce que nous aurons annulé les emprunts étrangers.
La statistique montre que ces emprunts sont placés principalement entre les mains des capitalistes. Quant à la partie de nos emprunts qui, surtout en France, est placée entre les mains de petits propriétaires, les capitalistes français n'auront qu'à ouvrir leur bourse et prendre à leur compte le remboursement des petits porteurs. Ce sera pour les capitalistes français un châtiment parfaitement mérité pour leur guerre, et, s'ils essaient de s'y soustraire, les petits propriétaires les chasseront de leurs places et se payeront eux-mêmes sur leur dos.
L'annulation des emprunts étrangers de la Russie est une des conditions les plus naturelles et les plus obligatoires de la paix. »

Quelques jours après, la Pravda reprenait le même thème, dont il était aisé de deviner les inspirateurs.
La question ainsi posée devant l'opinion russe était déjà tranchée en principe dans l'esprit des commissaires du peuple. Mais ils voulaient donner à leur décision une solennité particulière, en la faisant prononcer par le comité exécutif central panrusse des soviets, qui devait se réunir au début de l'année nouvelle. C'est ainsi que le décret annulant les emprunts de l'Etat russe ne fut approuvé par cette assemblée que le 21 janvier (3 février) 1918.
Un sentiment de stupeur et de réprobation.. .
Cette mesure scandaleuse, édictée au mépris d'engagements qui, jusqu'alors, avaient été considérés comme sacrés par tous les grands Etats, fut accueillie avec un sentiment de stupeur et de réprobation par les membres du corps diplomatique.
La France, nul ne l'ignore, avait, plus que tout autre pays, en souscrivant aux emprunts russes, fait les frais de mise en valeur du territoire de l'empire, notamment par la construction de chemins de fer. Ces émissions approuvées et encouragées par l'Etat français avaient eu un succès populaire qui aurait dû entrer en considération auprès d'un gouvernement socialiste. La créance française, évaluée alors à une douzaine de milliards, était répartie entre des millions de petits épargnants. Aussi étais-je bouleversé à l'idée des misères que les bolcheviks, ces prétendus amis du peuple, allaient provoquer parmi les moins fortunés de nos compatriotes.
On sait que les premiers coupons de rente russe qui vinrent à échéance au début de l'année 1918 furent acquittés par le Trésor français. En annonçant cette prise en charge provisoire, M. Klotz, ministre des Finances, fit, le 19 janvier, devant la Chambre, des déclarations qui étaient empreintes de sympathie et de confiance envers la Russie.
Certains journaux bolcheviques l'interprétèrent comme une acceptation du fait accompli: acceptation qui leur paraissait facile, car, disaient-ils, « le chiffre des emprunts russes est faible par rapport aux dettes de guerre de la France. Celle-ci peut se substituer à la Russie sans s'imposer un fardeau excessif. »
Quant à la Pravda, dont les attaches avec les commissaires du peuple étaient étroites, voici en quels termes elle s'exprimait dans son numéro du 17 février 1918 : « L'annulation des emprunts extérieurs porte aux puissances de l'Entente un coup dont l'importance n'est pas moins grande que celle des victoires allemandes sur le front occidental. L' heure du châtiment sonne pour les Clemenceau et Poincaré. Le petit-bourgeois français pardonnera les millions de victimes sur le champ de bataille, mais il ne pardonnera pas la ruine matérielle. Le gouvernement français cherche à ajourner l'échéance de sa chute, en prenant à son compte le paiement des intérêts des coupons des emprunts russes. »
Après la France, la nation la plus gravement atteinte par la décision des commissaires du peuple était la Hollande, dont la population était créancière de l'Etat russe pour plus de trois milliards. Les Etats scandinaves, Suède, Norvège et Danemark, représentaient aussi des montants élevés de souscriptions, de même que l'Angleterre, la Belgique et la Suisse.
A la première nouvelle de la répudiation des dettes, les chefs des missions neutres et alliées s'étaient réunis chez l'ambassadeur des Etats-Unis, devenu doyen du corps diplomatique depuis le départ de Sir George Buchanan. Ils avaient rédigé une protestation dont le texte devait être définitivement adopté le lendemain.
Nous nous étions séparés assez tard dans la soirée. Chacun regagnait sa demeure à travers une ville mal éclairée, obligé à tout instant, par des ouvriers armés ou des gardes rouges, d'exciper de ses qualités et de présenter son proputsk ou permis de circuler. Le marquis de la Torretta, ministre d'Italie, allant souper chez des amis, fut arrêté par de soi-disant malandrins, qui lui dérobèrent sa pelisse et le laissèrent dans la rue, sans autre vêtement que sa jaquette, par un froid de 15 à 18 degrés au-dessous de zéro. Le soir même, les ambassadeurs apprenaient le fait. Ils eurent l'impression que le ministre d'Italie avait été dépouillé par des agents du gouvernement soviétique, qui pensait, par ce moyen, s'emparer du projet de note diplomatique relatif à la répudiation des dettes.
En réponse à la plainte du marquis de la Torretta, Trotski répliqua, sur le mode ironique, que la mésaventure du ministre d'Italie était analogue à celle qui, dans la capitale de l'Europe la mieux policée, aurait pu se produire au détriment de bourgeois victimes d'attaques nocturnes.
Le marquis de la Torretta semblait particulièrement visé par les bolcheviks. Une douzaine de jours avant l'incident que nous venons de relater, un détachement de soldats était entré de vive force à l'ambassade d'Italie, avait pillé la cave et pénétré dans les appartements du ministre. Le corps diplomatique s'était empressé de protester avec vigueur contre cette violation de l'exterritorialité diplomatique. Le commissariat des Affaires étrangères, rompant, pour une fois, avec ses errements habituels, avait chargé un de ses fonctionnaires d'exprimer des excuses.
La solidarité des gouvernements qui se succèdent
La note collective dans laquelle le corps diplomatique s'élevait contre l'annulation des emprunts fut adoptée le 31 janvier. Après avoir brièvement rappelé les principes du droit des gens, la solidarité des gouvernements qui se succèdent dans un même pays, les besoins d'ordre économique auxquels le produit des emprunts avait été affecté, enfin la condition modeste de la plupart des souscripteurs, le document se terminait ainsi:
« Tous les ambassadeurs et ministres alliés ou neutres, présents à Petrograd, font savoir au commissariat des Affaires étrangères qu'ils tiennent les décrets du gouvernement ouvrier et paysan relatifs à l'annulation des emprunts, à la confiscation des biens, etc. pour autant qu'ils concernent les intérêts des sujets étrangers, comme non existants. En conséquence, les ambassadeurs et ministres soussignés déclarent que leurs gouvernements se réservent le droit, au moment voulu, d'exiger instamment satisfaction et réparation du préjudice et des pertes occasionnés par l'application de ces décrets aux Etats étrangers en général et à leurs sujets habitant la Russie en particulier. »
Nous n'avions aucune illusion sur l'efficacité de notre protestation. Les bolcheviks étaient incapables d'un retour sur eux-mêmes, provoqué par un sentiment d'équité ou d'honneur.

A propos des nationalisations

Une autre opération financière, qui dénotait, peut-être, encore moins de scrupules que l'annulation des emprunts, avait été réalisée par le gouvernement soviétique dès le milieu de décembre. C'était la nationalisation des banques et la réquisition de leurs coffres-forts. La décision avait été prise sans étude préalable ni hésitation, avec un mépris de l'opinion publique attesté par Lénine lui-même dans son discours du 13-26 janvier 1918 :
« Le fond de la tactique du pouvoir des soviets est qu'il place les masses devant le fait accompli.
Nous n'avons pas résolu la nationalisation des banques de façon théorique, par voie de longue préparation ; nous avons dit : nous disposons d'ouvriers et de paysans armés, profitons-en pour occuper, dès ce matin, les banques privées, et ensuite nous examinerons les mesures à prendre. Le matin les banques furent occupées, et, le soir, le comité exécutif discutait la situation et donnait un fondement théorique au fait accompli. »

C'était sous le prétexte ironique de servir l'économie populaire que les commissaires du peuple s'appropriaient les avoirs des banques: « Nous tâcherons de confisquer, au profit du peuple russe, une quantité de capitaux suffisante pour créer une forte et riche banque populaire de la République russe » disait, le 14 décembre, devant le comité exécutif des soviets, Sokolnikov, qui préludait ainsi, comme apologiste de cette mesure, aux fonctions de commissaire aux Finances et ensuite d'ambassadeur en Grande-Bretagne. C'est encore lui qui déclarait, devant la même assemblée: « L'or en monnaie et en lingots des coffres-forts sera immédiatement et indiscutablement confisqué et déclaré propriété nationale. »
Le décret décidait que toutes les banques privées étaient rattachées à la Banque d'Etat, qui se chargeait de l'actif et du passif de chacune d'elles. En vertu de ce texte, toutes les sommes en garde, soit dans les caisses des banques, soit dans les coffres-forts particuliers, devaient être versées à la Banque d'Etat et inscrites au compte-courant des clients, qui naturellement ne revirent jamais un centime des avoirs confisqués.
La plus touchée des nations étrangères fut, de beaucoup, la France, dont les nombreux nationaux, établis ou non en Russie, avaient dans ce pays des intérêts financiers considérables. Certains établissements français possédaient également en Russie d'importantes succursales, dont les dépôts se trouvèrent détournés au profit du Trésor soviétique.
Les chefs de missions ne purent se dispenser de protester contre la révoltante spoliation dont leurs nationaux étaient victimes: leur démarche ne fut pas mieux accueillie que ne devait l'être, plus tard, celle qu'ils firent concernant la répudiation des dettes.

Les espoirs en la Constituante
Tous les espoirs des partis d' opposition allaient vers la Constituante. La période électorale était ouverte depuis le 25 novembre. Une agitation fébrile se manifestait dans les groupes politiques. Quant au gouvernement, il prenait toutes les mesures propres à peser sur la volonté des électeurs. Il comptait aussi sur la proposition d'armistice, malheureusement conforme au vœu des populations, pour les amener à se prononcer en faveur de sa politique.
Les adversaires des maximalistes comptaient trouver dans la Constituante, même dénuée de toute force matérielle, l'appui moral qui leur permettrait de rallier une partie des ouvriers d'usine et des soldats fourvoyés dans l'aventure bolchevique.


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